Repos, étirements, semelles orthopédiques, talonnettes, exercices thérapeutiques… Les options de prise en charge de la maladie de Sever et de l’Osgood-Schlatter sont nombreuses.
Mais lesquelles sont réellement efficaces ? Et quelle place accorder à la biomécanique, à la proprioception et aux facteurs neurosensoriels dans la prise en charge de ces jeunes patients ?
Une revue systématique Cochrane publiée en juillet 2026 par Williams et ses collègues apporte un éclairage important sur ces questions. Elle met en évidence un constat essentiel : malgré la diversité des traitements proposés, les preuves scientifiques permettant d’identifier la meilleure intervention restent limitées et très incertaines.
Pour les professionnels de santé, l’enjeu n’est donc pas seulement de choisir un traitement, mais de comprendre ce que les données permettent réellement d’affirmer et d’adapter la prise en charge à chaque enfant.
Maladie de Sever et Osgood-Schlatter : que dit la revue Cochrane de 2026 ?

La revue de Williams et ses collègues a inclus 10 essais randomisés portant sur 654 enfants et adolescents. Sept études concernaient l’apophysite calcanéenne, connue sous le nom de maladie de Sever, et trois l’apophysite de la tubérosité tibiale, ou maladie d’Osgood-Schlatter.
Les interventions évaluées comprenaient notamment des traitements médicamenteux, le taping, des orthèses plantaires, des talonnettes et différents dispositifs de soutien du talon. Les comparaisons avec des placebos, les soins habituels ou d’autres interventions ont également été prises en compte.
Les auteurs soulignent plusieurs limites importantes :
- des effectifs réduits dans de nombreuses études ;
- des risques de biais et des données parfois incomplètes ;
- une grande diversité des interventions et des critères de jugement ;
- des informations insuffisantes sur certains effets indésirables.
La certitude des preuves a ainsi été évaluée comme faible à très faible pour la plupart des résultats étudiés.
La conclusion est claire : les données disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un traitement non chirurgical est systématiquement supérieur aux autres.
Quel traitement choisir pour une apophysite ?
Talonnettes, semelles et exercices : faut-il privilégier une intervention ?
La revue ne justifie pas l’utilisation systématique d’un dispositif ou d’un protocole particulier chez tous les enfants présentant une apophysite.
Par exemple, une étude comparant les orthèses plantaires aux talonnettes n’a pas mis en évidence de différence importante probable à court terme concernant la douleur ou la fonction physique. Cela ne signifie pas que ces dispositifs ne peuvent jamais être utiles, mais qu’il est difficile de justifier leur supériorité générale à partir des données disponibles.
Il convient donc de distinguer une intervention potentiellement pertinente pour un patient donné d’un traitement dont l’efficacité supérieure serait solidement démontrée.
Faut-il imposer le repos sportif ?
La modification de l’activité peut faire partie de la prise en charge, notamment lorsque certaines activités aggravent les symptômes. Cependant, la revue ne permet pas d’établir un protocole universel de repos ou de reprise sportive supérieur aux autres stratégies.
En pratique, il est pertinent d’adapter temporairement les activités aux symptômes, puis de réévaluer la tolérance à la charge et la capacité de l’enfant à participer à ses activités habituelles.
L’objectif est de trouver un équilibre entre la gestion de la douleur, le maintien d’une activité physique adaptée et le retour progressif aux activités importantes pour l’enfant.
Absence de preuve de supériorité : ce que cela signifie réellement
Une distinction est fondamentale en pratique fondée sur les preuves :
- L’absence de preuve de supériorité signifie que les données ne permettent pas de déterminer avec suffisamment de certitude quel traitement est le meilleur.
- La preuve d’inefficacité suppose des résultats suffisamment solides montrant qu’une intervention ne produit pas le bénéfice attendu.
La revue ne démontre donc pas que tous les traitements sont inutiles. Elle souligne surtout que les connaissances actuelles ne permettent pas de hiérarchiser les options avec confiance.
Au-delà de la biomécanique : quelle place pour les facteurs neurosensoriels ?
Proprioception et contrôle moteur : des éléments à examiner ?
La page de Clinique OPS consacrée à l’évaluation posturale présente la proprioception dynamique, les capacités musculaires et articulaires ainsi que les mouvements du pied comme des éléments de son approche fonctionnelle. Elle évoque également un lien possible entre la pronation du pied, les rotations du membre inférieur et les contraintes exercées autour du genou.
Ces éléments peuvent ouvrir une discussion clinique intéressante sur la façon dont l’enfant se déplace, contrôle ses mouvements et tolère les contraintes mécaniques.
Il est néanmoins indispensable de distinguer deux niveaux de preuve.
Évaluer un élément fonctionnel ne signifie pas qu’il constitue la cause de la douleur ni que sa correction améliore nécessairement l’évolution de l’apophysite.
La revue Cochrane ne démontre pas qu’une correction proprioceptive, posturale ou biomécanique spécifique est supérieure aux autres interventions pour traiter la maladie de Sever ou l’Osgood-Schlatter.
Une évaluation fonctionnelle peut donc être envisagée lorsqu’elle répond à une question clinique précise, sans présumer qu’une anomalie observée doit systématiquement être corrigée.
La douleur est-elle uniquement une question de contrainte mécanique ?
La douleur est une expérience sensorielle influencée par différents facteurs biologiques, psychologiques et contextuels. Chez un enfant ou un adolescent, la manière de comprendre ses symptômes, ses attentes, ses expériences précédentes et ses préoccupations concernant le sport peuvent aussi influencer son vécu de la douleur et sa participation aux activités.
Cela ne signifie pas que la douleur est imaginaire ou qu’elle est nécessairement liée à une sensibilisation du système nerveux. Cela signifie qu’une prise en charge complète ne devrait pas se limiter à l’observation d’une structure anatomique ou d’un mouvement isolé.
Il peut ainsi être pertinent d’explorer :
- les activités qui déclenchent ou aggravent les symptômes ;
- les activités que l’enfant évite par crainte de la douleur ;
- ses attentes concernant la guérison et la reprise sportive ;
- sa compréhension de l’affection ;
- l’impact des symptômes sur son quotidien et sa participation.
Ces informations complètent l’examen clinique et aident à définir des objectifs adaptés au jeune patient.
Éducation à la douleur : une piste à intégrer avec prudence
Le protocole de la revue Cochrane prévoyait notamment d’examiner des interventions à visée psychologique, telles que l’éducation aux mécanismes de la douleur. Toutefois, la revue ne fournit pas de preuve solide permettant de recommander spécifiquement cette approche comme traitement supérieur de la maladie de Sever ou de l’Osgood-Schlatter.
L’éducation peut néanmoins servir à expliquer le rôle des contraintes répétées, à clarifier les objectifs de la prise en charge et à rassurer l’enfant sur la possibilité d’adapter ses activités.
L’approche la plus prudente consiste à présenter ces éléments comme des composantes possibles de la communication et de l’accompagnement, et non comme un traitement neurosensoriel dont l’efficacité spécifique serait établie par cette revue.
Imagerie : pourquoi faut-il rester centré sur le patient ?
Une image ne remplace pas le raisonnement clinique
La maladie de Sever et l’Osgood-Schlatter sont généralement évaluées à partir de l’histoire clinique et de l’examen physique. L’imagerie n’est pas systématiquement nécessaire lorsque la présentation est typique.
Par ailleurs, certaines caractéristiques observées à l’IRM peuvent également être présentes au cours du développement normal de l’apophyse. Leur interprétation doit donc tenir compte de l’âge, des symptômes et du contexte clinique.
Les examens complémentaires peuvent être utiles lorsqu’il existe une incertitude diagnostique ou des éléments atypiques, mais ils ne doivent pas devenir l’unique base des décisions thérapeutiques.
Le principe reste simple : traiter le patient et sa situation clinique, plutôt qu’une image isolée.
Comment mesurer les progrès de l’enfant ?
Douleur, fonction et participation sportive
L’un des enseignements importants de la revue concerne les critères utilisés pour évaluer les traitements.
Les études ont principalement mesuré la douleur, la fonction physique et la participation aux activités. Pourtant, aucune des études incluses n’a évalué la qualité de vie comme critère de jugement.
Cette lacune est importante, car la diminution de la douleur ne résume pas à elle seule l’expérience du jeune patient.
Au cabinet, il est utile de suivre plusieurs dimensions :
- l’intensité de la douleur pendant et après l’activité ;
- la tolérance aux activités quotidiennes ;
- la capacité à courir, sauter ou pratiquer son sport ;
- l’évolution de la participation sportive ;
- les limitations et préoccupations exprimées par l’enfant ;
- l’impact global des symptômes sur sa vie.
Ces critères peuvent être définis avec l’enfant et ses parents, puis réévalués régulièrement pour déterminer si la stratégie choisie répond réellement aux objectifs.
Faut-il privilégier une approche individualisée ?
Compte tenu de l’incertitude des preuves, une approche individualisée est plus cohérente qu’un protocole rigide présenté comme indispensable.
Une intervention peut être proposée lorsqu’elle paraît pertinente au regard des symptômes et des objectifs du patient. Son intérêt doit ensuite être réévalué en fonction de l’évolution clinique.
Il est également important d’expliquer aux parents que la progression peut nécessiter des ajustements, sans leur promettre qu’une méthode précise permettra une guérison plus rapide.
Comment expliquer cette incertitude aux parents ?
Les familles attendent souvent une réponse simple : quel traitement faut-il choisir pour que l’enfant guérisse ?
La communication peut rester rassurante tout en respectant les limites des données scientifiques.
Une formulation possible serait :
« Cette affection évolue souvent favorablement. En revanche, les études actuelles ne nous permettent pas d’affirmer qu’un traitement précis est supérieur aux autres. Nous allons choisir une stratégie adaptée à ses symptômes et à ses activités, suivre son évolution et ajuster la prise en charge si nécessaire. »
Cette démarche permet de préserver une relation thérapeutique claire et collaborative. Elle donne également à l’enfant une place active dans la définition de ses objectifs.
Conclusion : ce que la revue Cochrane change dans notre pratique
La revue de Williams et ses collègues rappelle que la diversité des traitements disponibles ne signifie pas que leur efficacité comparative est solidement établie.
Pour la maladie de Sever et l’Osgood-Schlatter, les preuves concernant les traitements non chirurgicaux restent principalement de faible à très faible certitude. Aucune intervention ne peut être présentée comme systématiquement supérieure aux autres sur la base de cette revue.
Les dimensions biomécaniques, proprioceptives et neurosensorielles peuvent enrichir le raisonnement clinique lorsqu’elles sont pertinentes pour le patient. En revanche, il faut éviter de transformer des hypothèses fonctionnelles en explications causales démontrées, ou de présenter des approches spécifiques comme validées par une revue qui ne les a pas établies.
La pratique fondée sur les preuves consiste aussi à reconnaître l’incertitude, à écouter le patient, à choisir une stratégie raisonnable et à réévaluer ses effets.
L’objectif n’est pas d’appliquer le plus grand nombre de traitements possible, mais de proposer une prise en charge cohérente avec les données disponibles, les besoins de l’enfant et les objectifs définis avec sa famille.
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NICOLA PAROLIN
Diplômé en Orthokinésie
Agrégation ASCA-RME
N° RCC U002863




